Exclusion médiatique
Par thecaire le vendredi, avril 25 2008, 16:42 - Humeur - Lien permanent
Ma bibliothèque vient de s'abonner à Pref Mag. Lu dans l'édito du n° 24 (janvier-février 2008) : "La crise actuelle des banlieues est le symptôme d'un échec de société et celui de toutes les politiques menées depuis 2000. C'est autant la conséquence de l'exclusion sociale que de l'exclusion éducative et culturelle. Il faut qu'une bibliothèque brûle pour que l'on s'en émeuve."
Ce point de vue sur les banlieues, on aurait pu le trouver à peu près partout, depuis TF1 jusqu'aux colloques de chercheurs de disciplines diverses. Il est largement partagé, extrêmement consensuel. Il correspond (mais seulement partiellement, selon moi) à la réalité. Les discours misérabilistes, j'en suis gavée.
Hier et avant-hier, dans ma bibli de banlieue, nous avons eu l'immense bonheur d'accueillir un violoniste chinois surdoué de 14 ans, Chi Li, qui enregistre actuellement l'intégralité des sonates d'Eugène Isaÿe. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler sur ce blog. La rencontre tous publics de mercredi après-midi a réuni une soixantaine de personnes - la petite salle d'animations était bien pleine... Les plus jeunes avaient 5-6 ans, les plus âgés plus de 100 ans. Jeudi, deux classes ont eu le privilège d'entendre Chi Li et son professeur Gilles Colliard jouer "en vrai" : une classe de cours préparatoire et une classe d'adolescents avec des handicaps mentaux légers.
Ce furent des moments denses, magiques, d'une qualité exceptionnelle, une vraie rencontre avec la musique. Et la musique "savante", en banlieue, ça marche ! La beauté, ça marche avec tous les êtres humains, pas seulement pour quelques happy-fews!
Ce matin, déception : dans le quotidien local, une pleine page sur Chi Li, une photo de lui au milieu des rayonnages de livres, une photo de Gilles Colliard, une interview de Chi Li réalisée à la bibliothèque... mais à aucun moment il n'est fait mention du fait que tout cela a eu lieu dans cette bibliothèque-là. Comme si un événement culturel exceptionnel ne pouvait pas, ne devait pas avoir eu lieu justement dans cette bibliothèque-là. D'une certaine manière, cet article est mensonger.
Quand on parle de banlieue, c'est à la rubrique faits divers, pas en page culture, n'est-ce pas ? Puisqu'on vous dit que la culture n'existe pas en banlieue, lorsqu'il y en a elle tombe de manière très naturelle dans l'oubli médiatique.
Je bous. Heureusement, je suis en vacances ce soir. Cela me laisse une semaine entière pour décolérer.



Commentaires
C'est en effet très inélégant de la part du journaliste. Ça coûtait strictement rien de le préciser. Ça me rappelle une fois où une classe de collégiens étaient venus exposer des carnets de voyage à la bib. La plupart étaient très chiadés. Le correspondant du canard local est donc venu les rencontrer ainsi que leur prof, et le premier commentaire qu'il a fait c'est:
"Excusez-moi, mais c'est bourré de fautes !"
Ajoutons à ça quelques réflexions sur la tenue des élèves et on obtient un vieux mufle totalement déconnecté du mode de vie des jeunes générations.
Toujours à propos de banlieues : j'ai discuté l'autre jour avec quelqu'un qui envisage de créer une petite entreprise. Il a suivi une formation à la Chambre de Commerce ; on lui a formellement déconseillé de s'installer dans le quartier de ma bibliothèque, un quartier qui a, fort injustement, mauvaise réputation. Une réputation, cela se construit à partir de ce qu'on dit, mais aussi à partir de ce qu'on tait. En l'occurrence, ce que l'on met en exergue, ce sont les problèmes, largement relayés par la presse ; ce qui est généralement passé sous silence, c'est ce qui marche. C'est comme ça aussi qu'on fabrique de l'exclusion, non ?
Quant à la question des "fautes", sans commentaire !!!!!! On peut se demander dans quel monde vivent (ou croient vivre) les gens qui "font" l'opinion