L'Apocalypse a eu lieu. Il y a plusieurs mois, plusieurs années. La terre n'est plus que désolation, paysages calcinés, air plein de vilaines cendres, villes et villages désertés, pillés, dévastés, végétation disparue. Seuls subsistent quelques humains réduits à une barbarie totale.

Sur la route, un père et son fils, jour après jour, essaient de rejoindre à pied un sud moins atteint par le désastre. Des centaines de kilomètres à pied, la pluie, le froid, la neige, la douleur, le danger toujours et partout. Mais avancer, avancer toujours en poussant un chariot qui contient un nécessaire de survie à géométrie variable. Ne pas mourir, surtout. Ne pas se faire surprendre par les barbares. Ne pas devenir de la viande pour les barbares. Ne pas tomber en esclavage.

La route de Cormac McCarthy (L'Olivier, 2008), élégamment traduit de l'américain par François Hirsch, a obtenu à juste titre le Prix Pulitzer 2007.

Extrait :

"Jadis, il y avait de cela très longtemps, quelque part tout près d'ici il avait vu un faucon descendre en piqué le long mur bleu de la montagne pour plonger sur une volée de grues sauvages et de la pointe de son bréchet briser celle du milieu et l'emporter pantelante et désarticulée en bas vers la rivière avec son plumage défait et hirsute flottant derrière elle dans l'air immobile de l'automne.

L'air granuleux. Ce goût qu'il avait ne vous sortait jamais de la bouche. Ils restaient debout sans bouger sous la pluie comme des animaux de ferme. Puis ils repartaient, tenant la bâche au-dessus de leurs têtes dans le morne crachin. Ils avaient les pieds mouillés et transis et leurs chaussures partaient en morceaux. A flanc de collines d'anciennes cultures couchées et mortes. Sur les lignes de crête les arbres dépouillés noirs et austères sous la pluie."