thécaire en e-veille

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mercredi, avril 30 2008

Survivre sur la route

L'Apocalypse a eu lieu. Il y a plusieurs mois, plusieurs années. La terre n'est plus que désolation, paysages calcinés, air plein de vilaines cendres, villes et villages désertés, pillés, dévastés, végétation disparue. Seuls subsistent quelques humains réduits à une barbarie totale.

Sur la route, un père et son fils, jour après jour, essaient de rejoindre à pied un sud moins atteint par le désastre. Des centaines de kilomètres à pied, la pluie, le froid, la neige, la douleur, le danger toujours et partout. Mais avancer, avancer toujours en poussant un chariot qui contient un nécessaire de survie à géométrie variable. Ne pas mourir, surtout. Ne pas se faire surprendre par les barbares. Ne pas devenir de la viande pour les barbares. Ne pas tomber en esclavage.

La route de Cormac McCarthy (L'Olivier, 2008), élégamment traduit de l'américain par François Hirsch, a obtenu à juste titre le Prix Pulitzer 2007.

Extrait :

"Jadis, il y avait de cela très longtemps, quelque part tout près d'ici il avait vu un faucon descendre en piqué le long mur bleu de la montagne pour plonger sur une volée de grues sauvages et de la pointe de son bréchet briser celle du milieu et l'emporter pantelante et désarticulée en bas vers la rivière avec son plumage défait et hirsute flottant derrière elle dans l'air immobile de l'automne.

L'air granuleux. Ce goût qu'il avait ne vous sortait jamais de la bouche. Ils restaient debout sans bouger sous la pluie comme des animaux de ferme. Puis ils repartaient, tenant la bâche au-dessus de leurs têtes dans le morne crachin. Ils avaient les pieds mouillés et transis et leurs chaussures partaient en morceaux. A flanc de collines d'anciennes cultures couchées et mortes. Sur les lignes de crête les arbres dépouillés noirs et austères sous la pluie."

jeudi, avril 24 2008

007 revient !

Mai 2008, ce n'est pas seulement le quarantième anniversaire de mai 68. C'est aussi le centième anniversaire de Ian Fleming, géniteur de "Bond. James Bond". Histoire de fêter ça dignement, ses descendants ont demandé à Sebastian Faulks d'écrire une nouvelle aventure du héros - publication programmée pour très bientôt chez Penguin sous le titre Devil may care. Plus que 33 jours à attendre !

La traduction en français est annoncée pour juin. De la lecture pour la plage...

Les fans un peu intellos auront aussi plaisir à lire James Bond (2)007 : anatomie d'un mythe populaire, publié chez Belin en 2007 sous la direction de Françoise Hache-Bissette, Fabien Boully et Vincent Chenille. Cet ouvrage présente une grande partie des communications présentées à l'occasion du colloque "James Bond (2)007. Histoire culturelle et enjeux esthétiques d'une saga populaire", qui s'est tenu à la BnF en janvier 2007. Et pan sur les doigts des cultureux snobs qui méprisent mon héros préféré...

lundi, avril 14 2008

Si loin la Sibérie

Quel bonheur de découvrir (après des mois de littérature tombe-des-mains-avant-la-30ème-page) à la faveur d'un dimanche très pluvieux, le dernier roman de Michèle Lesbre, Le canapé rouge (éd. Sabine Wespieser, 2007) !

Un roman ferroviaire : la narratrice, Anne, laisse vagabonder ses pensées à l'occasion d'un voyage en Transsibérien pour rejoindre Gyl, un homme qu'elle a aimé et que finalement elle ne retrouvera pas. Tout la ramène vers sa voisine et complice, Clémence, une vieille dame facétieuse assise sur son canapé rouge, à laquelle elle lisait régulièrement des récits liés aux vies de femmes libres (Olympe de Gouges, Milena Jesenska, Marion du Faouët,...). Amour, présent et passé se font écho lors de ce voyage, sur fond de Russie post-soviétique.

Un livre tendre, lumineux et délicat, à ne pas rater.

Deux petites phrases pour donner envie de le découvrir : "Je m'oubliais, ou plus exactement j'étais happée, étourdie, enivrée par cette sorte de solitude qu'engendre le voyage, cet oubli momentané des habitudes, des repères" (p. 37) ; "N'avez-vous jamais croisé de ces êtres qui semblent ne pas se trouver sur votre chemin par hasard, mais par une sorte d'évidence si bouleversante que votre existence en est subitement transformée ?" (p. 52)

Et quelle joie ! Il me reste à découvrir les autres romans de Michèle Lesbre : Boléro (2003), Un certain Felloni (2004), La petite trotteuse (2005) chez Sabine Wespieser ; Nina par hasard (2001) au Seuil ; Que la nuit demeure (1999), Une simple chute (1997), Que la nuit demeure (1999) chez Actes Sud Babel noir.

vendredi, avril 11 2008

"Les années" d'Annie Ernaux

Dans le dernier livre d'Annie Ernaux, paru chez Gallimard en début d'année, j'ai relevé deux passages qui me semblent porteurs de pistes pour regarder l'aujourd'hui :

- p. 39 (années 50) : Les gens se déplaçaient à pied ou à bicyclette d'un mouvement régulier, les hommes les genoux écartés, le bas du pantalon resserré par des pinces, les femmes les fesses contenues dans la jupe tendue, traçant des lignes fluides dans la tranquillité des rues. Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

- p. 182 (années 90) : L'anomie gagnait. La déréalisation du langage grandissait, comme un signe de distinction intellectuelle. Compétitivité, précarité, employabilité, flexibilité faisaient rage. On vivait dans des discours nettoyés. On les écoutait à peine, la télécommande avait raccourci la durée de l'ennui.

samedi, avril 5 2008

Résister

Roger-Pol Droit, 101 expériences de philosophie quotidienne

(Odile Jacob, 2001)

Extrait du chapitre 25, "S'amuser comme un fou"

(...)

"Essayez donc d'être critique, chroniqueur, écrivain, romancier, artiste, cinéaste, musicien, bateleur, quelque chose de ce genre. Simplement décalé. Faites votre possible pour perturber votre époque. Ne rêvez pas de bouleverser l'histoire, semez de petites pagailles là où vous êtes. Désorganisez les plans, créez de l'inattendu, défaites les prévisions. Traversez obstinément la société sans obéir, au fond.

Vous devez évidemment vous soumettre à des consignes, des pouvoirs. Il n'est pas exclu que vous deviez ramper, par prudence, par lâcheté, ou même par pure flagornerie, devant tel ou tel puissant. Décidez que cela n'a aucune importance. Vous pouvez courber l'échine, par tactique, parfois, si vous êtes absolument sûr qu'en vous, résolument, quelque chose ne plie pas.

Préservez avec soin, et à long terme, votre espace de manoeuvre. Sachez agir de biais. Manoeuvrez comme le fou aux échecs : surgissez systématiquement sur une case en diagonale. Pratiquez le pas de côté, la marche en crabe, les chemins de traverse. De jour en jour, sans coup férir. Prenez l'habitude de chercher, pour toute question, la réponse la plus incongrue, celle qui semble la moins adaptée. De temps à autre, mettez-la en pratique. Et voyez ce que ça donne."

(...)

samedi, mars 22 2008

Vitalité de la langue

"Tel mot ressemble à une griffe, tel autre à un oeil éteint et sanglant ; telle phrase semble remuer comme une pince de crabe. Tout cela vit de cette vitalité hideuse des choses qui se sont organisées dans la désorganisation".


C'est de Victor Hugo, dans Les Misérables, cité par Lise Gauvin dans La fabrique de la langue : de François Rabelais à Réjean Ducharme, un livre passionnant dont je reparlerai dès que j'aurai fini de le lire.

samedi, mars 8 2008

Y'a de l'espoir !

Lu dans le dernier bulletin de l'ABF : "Le livre survivra, c'est un bon partenaire au lit". C'est Amos Oz qui le dit.

vendredi, février 22 2008

La seconde vie des livres

Repérée par Sophie,  cette sculpture en livres de Pierre Bissonnette, actuellement hébergée à la bibliothèque Notre-Dame de Montréal, cherche un nouveau lieu d'accueil. Il est craquant, ce géant !

mercredi, février 13 2008

Sans équivalent

"Lieux de savoir", c'est un projet un peu fou initié en 1999 par un groupement de recherche international (20 équipes appartenant à sept pays différents et venant d'horizons disciplinaires variés) piloté par Christian Jacob. Projet ambitieux, puisqu'il s'agit d'une "histoire comparée des pratiques intellectuelles, des tablettes mésopotamiennes à l'Internet" - rien que ça !

Le 1er volume, "Espaces et communautés" (1277 p.) a été publié chez Albin Michel en octobre 2007. Il est PASSIONNANT et devrait figurer dans toute bonne bibliothèque.

Trois autres tomes suivront : "Les gestes de l'intelligence, l'intelligence du geste", "La construction des traditions", et enfin "Identité, métissage, universalité".


La préface de Christian Jacob (à lire sur le blog Boojum, l'animal littéraire, pour se mettre en bouche) retrace la genèse du projet

mardi, février 12 2008

Désherbage (suite)

L'artiste américain Mike Stilkey a, lui aussi, des idées pour utiliser au mieux les livres dont nous ne voulons plus

lundi, février 11 2008

Désherbage

De lien en lien, de chemin en chemin, je suis arrivée sur le site de l'artiste américaine Cara Barer.



















vendredi, février 1 2008

Déco bobo chic


A lire


A feuilleter

























Certains livres sont presque des médicaments. Il fait gris et froid, tout le monde est plus ou moins malade et/ou de mauvaise humeur. D'où ma joie de trouver à la bibliothèque ce livre plein de belles photos et de mots qui font du bien, publié en fin d'année dernière à Avignon par les éditions Aubanel, l'une des plus vieilles maisons d'édition françaises (désormais dans le  groupe La Martinière).

Cliquez sur l'image pour découvrir cet éditeur spécialisé dans le bien-être et l'art de vivre.

Peut-être un remède pour combattre le mal à l'âme.

vendredi, janvier 25 2008

Quand c'est cassé...

J'ai été très émue, l'année dernière, par une exposition sur la réparation des objets blessée en Afrique,au musée du Quai Branly à Paris. Habituellement, dans les musées on ne voit que des objets ou des oeuvres en bon état ; l'approche était donc originale.

Pour ceux qui ne l'ont pas vue ou ceux qui s'intéressent à cette question de la réparation, l'excellent catalogue reprend l'essentiel de l'expo.

Pour en savoir plus, cliquez sur l'image

mercredi, janvier 23 2008

Le parlécrit, kesseke c ke ca ?

Pour ceux qui ne seraient pas encore bilingues français-cyber, à signaler dans la collection "autour des mots" des éditions Racine, un excellent petit livre écrit par Aurélia Dejond : Cyberlangage (2006). Un livre-outil drôle et léger pour dédramatiser la nouvelle forme d'écriture qui s'est développée avec les sms, les blogs,...

Il contient un lexique du monde cyber (pour ne pas être pris au dépourvu devant des phrases comme "ton tel é ttltps oqp c énervant" ou "1sem OtL&farniente ca te dit ?"), cinq pages d'émoticônes (j'aime bien :-)))) qui veut dire rire bruyant).

lundi, janvier 21 2008

Maaaaaaare des livres mal traduits !!!!!!

Je m'attendais à un grand plaisir lorsque j'ai "attaqué" la lecture du roman de Norman Rush,  De simples mortels, publié il y a quelques mois chez Fayard. 850 pages, la CIA, le Botswana, c'était parfait pour des jours  tout gris d'hiver. Mais déception ! Il est traduit dans une langue qui ressemble énormément au français mais qui n'en est pas tout à fait, ce qui gâche tout le plaisir de la lecture. Je l'ai abandonné au bout de 30 pages, avec l'intention de le lire dès que possible en version originale. 850 pages en anglais, va me falloir quelques jours de vacances !

Ce n'est pas la première fois que je vis cette mésaventure et ça m'éneeeeeeerve ! Mesdames et Messieurs les éditeurs, lisez-vous les livres que vous publiez ?